Un diagnostic inquiétant : la fin annoncée de 3 millions d'emplois
Selon un rapport dévoilé en novembre 2025 par la National Foundation for Educational Research (NFER), l'une des plus prestigieuses institutions de recherche britannique, jusqu'à trois millions d'emplois pourraient disparaître au Royaume-Uni d'ici 2035, principalement en raison de l'intelligence artificielle et de l'automatisation. Ces chiffres, loin d'être des spéculations, reposent sur un travail de modélisation économique soutenu par la Fondation Nuffield, effectué sur cinq années de recherche intensive. Ce constat ne sert pas d'excuse aux grandes entreprises pour justifier leurs licenciements massifs : il s'agit plutôt d'un appel urgent aux décideurs politiques de prendre des mesures anticipées.
Les métiers les plus exposés : administrations, trades et services
Contrairement à certaines idées reçues, ce ne sont pas les seuls emplois hautement qualifiés qui subissent les conséquences de l'IA. Le rapport révèle que les occupations les plus menacées sont celles des secrétaires, assistants administratifs, opérateurs de machines, ainsi que les postes dans les métiers de l'artisanat et du commerce local. Ces métiers, malgré leur importance sociale, manquent souvent de visibilité dans le débat public sur l'automatisation. Pendant ce temps, les entreprises de services financiers et technologiques révisent déjà leurs plans d'embauche : Clifford Chance, par exemple, a annoncé la suppression de 50 postes de support commercial à son bureau londonien, en citant directement l'IA comme facteur déterminant. Cette tendance (trend) s'accélère depuis le lancement de ChatGPT en 2022, marquant un tournant dans la démocratisation de ces outils.
Une création d'emplois qui ne compense pas les pertes
Sur le papier, le tableau paraît moins sombre : la NFER projette que le Royaume-Uni créera 2,3 millions de nouveaux emplois d'ici 2035. Cependant, cette promesse cache une réalité plus complexe et souvent oubliée des grands titres. Ces nouveaux postes seront concentrés dans les secteurs hautement qualifiés, notamment l'ingénierie logicielle, le conseil en management, et les professions créatives. En revanche, les salariés peu qualifiés, dont 3,7 millions présentent déjà un déficit majeur en compétences numériques et en maîtrise de l'information, ne seront pas en mesure d'accéder à ces nouveaux débouchés sans formation massive et systématique. Cette asymétrie crée un problème d'inégalité structurelle : les perdants de la transition ne sont pas remplacés, mais remplacés ailleurs, dans des secteurs qui exigent des qualifications radicalement différentes.
L'excuse de la productivité : un mensonge commode?
Beaucoup de responsables d'entreprise argumentent que l'IA, en augmentant la productivité, génère au final plus d'emplois qu'elle n'en détruit. Cet argument, bien que séduisant, s'appuie sur des hypothèses que le rapport NFER remet en question. Dans un premier temps, la technologie détruit des emplois, tandis que la création de nouveaux postes intervient plusieurs années plus tard, voire jamais si l'entreprise décide d'investir davantage dans l'automatisation plutôt que dans l'embauche. De plus, la red tape (bureaucratie) gouvernementale et l'absence de politiques incitatives bloquent les investissements publics dans la formation. Sans intervention active, ce cycle ne se ferme pas de lui-même : les travailleurs licenciés restent au chômage, tandis que les nouveaux emplois créés requièrent des profils que le système éducatif n'a pas préparés à produire.
Les déficits de compétences : un gouffre qui s'élargit
Le rapport met en lumière un chiffre alarmant : 7 millions de travailleurs britanniques pourraient présenter un déficit critique de compétences numériques et informationnelles en 2035 si aucune action n'est prise dès maintenant. Cette projection n'est pas une simple question d'employabilité ; elle révèle une fracture générationnelle et socio-économique profonde. Les jeunes générations, nées à l'ère numérique, s'adaptent plus aisément ; les travailleurs âgés, souvent cantonnés dans les emplois administratifs ou manuels, se voient fermées les portes d'une reconversion. La tendance mondiale (trend) vers la numérisation s'accélère sans attendre que les systèmes de formation l'accompagnent. Qu'est-ce qui est tendance aujourd'hui dans les entreprises? L'adoption de l'IA générative. Qu'est-ce qui devrait être tendance? L'investissement massif en apprentissage continu et en re-qualification.
Vers une politique de l'adaptation : l'urgence d'agir
La conclusion du rapport NFER n'est pas pessimiste, mais elle est claire : sans mesures gouvernementales volontaristes, le Royaume-Uni se dirige vers une « apocalypse » pour l'emploi. Le rapport recommande la mise en place d'un système de formation tout au long de la vie, financé publiquement, accessible à tous les âges et tous les niveaux. Cela signifie dépasser la red tape actuelle, les freins administratifs qui empêchent les réformes, et les intérêts corporatistes. L'enjeu n'est pas d'arrêter la technologie, mais de l'accompagner par des politiques sociales ambitieuses. Des exemples existent : le Danemark et la Suisse ont mis en place des systèmes de reconversion professionnelle qui, bien que coûteux, préviennent l'exclusion massive. Le choix du Royaume-Uni, et de la France, sera déterminant pour les générations futures.