Dualisme cosmogonique (origine du monde) vs dualisme éthique (bien/mal moral). Théogonie (naissance des dieux) vs eschatologie (fin des temps). Yazata (adorable) vs daeva (démon déchu, maléfique).
La mythologie perse, ou plutôt le corpus mythopoïétique iranien préislamique, se déploie dans un cadre ontologique radicalement dualiste, où Ahura Mazda (Seigneur Sage) et Angra Mainyu (Esprit Destructeur) incarnent l’antagonisme primordial entre asha (ordre, vérité) et druj (mensonge, chaos). Contrairement aux théogonies helléniques foisonnantes, ce binôme cosmogonique – attesté dès l’Avesta (1500-1000 av. J.-C.) – postule une émanation ex nihilo par Ahura Mazda des Amesha Spentas, sept hypostases abstraites (Vohu Manah: Bon Esprit; Asha Vahishta: Meilleure Vérité, etc.), puis des Yazatas subalternes comme Mithra (pacte, royauté solaire) ou Ardvi Sura Anahita (eaux fécondes, guerre).
Quoique Zoroastre (Zarathustra) ait réformé ce polythéisme indo-iranien en reléguant les daevas au rang de démons, force est de constater que le zoroastrisme conserva une triade ahurique (Ahura Mazda, Mithra, Sraosha) et une eschatologie apocalyptique préfigurant les messianismes abrahamiques: le Frashokereti, où Saoshyant (Sauveur) purgera le monde par un bain de métal fondu, triomphant d’Ahriman pour une résurrection finale. Le Shahnameh de Ferdowsi (Xe s.), archéologie épique post-sassanide, réactualise ces motifs: Rostam, heros polymorphe, affronte divs et dragons (Azhi Dahaka), tandis que le Simurgh, phénix aviaire omniscient, élève Zal puis Rostam, symbolisant la sagesse transgénérationnelle.
Nonobstant l’islamisation, ce legs imprègne la cosmologie chiite duodécimaine (Imams comme émanations divines) et même l’iconographie faravahar achéménide, volute ailée zervaniste préfigurant l’ange gardien. À supposer que le dualisme perse soit une réponse aux invasions aryennes ou aux chocs climatiques (aridification post-harappienne), il illustre comment la mythologie, en cristallisant l’angoisse ontologique, forge des identités impériales: Cyrus le Grand invoquait Ahura Mazda sur son cylindre, tandis que les Parthes hellénisés syncrétisèrent Mithra en Mithras romanus.
Il est loisible de postuler que ce paradigme binaire – bien structural vs mal déconstructeur – anticipe non seulement le manichéisme (Mani, IIIe s., élève de zoroastriens) mais aussi les tensions judéo-chrétiennes (Satan comme Ahriman). Ainsi, la mythologie perse n’est pas reliquat archaïque, mais matrice dialectique du monothéisme normatif.
Sujet: « Le dualisme perse, matrice des eschatologies abrahamiques ? » Débattez, en convoquant textes avestiques et shahnaméens, des convergences/divergences avec judaïsme/christianisme/islam. Modalisez (il est loisible de...).